Voyager en Indonesie

Publié le par Alcarino

Toi qui as l'habitude d'aller chercher tous les étés ton package Ron Ron Voyages pour Urgada dans ton agence préféree, et d'en profiter pour claquer la bise à ta copine Christelle, et qui prends ton avion à l'heure dans un terminal propre où tu as acheté de l' eau, des journaux, à manger ou des clopes, tu as peut être envie de changer un peu ta routine d'aventurier.


Et toi, qui as compris que l'épave du Liberty à partir de 8 heures du matin, c'est de la plongée en eau gazeuse avec autant de monde que sur une grande avenue de Tokyo aux heures de pointe, tu as peut être envie de sortir des destinations de la plongée industrielle et d' aller voir pourquoi chez Absolute Divers on dit que c'est si bien la plongée en Indonésie.
Ce post est pour toi, donc. Mais attention mon gars, tout se mérite... Je vais grossir un peu le trait, pour que tu comprennes bien, mais je te garantis que tout ce qui suit, c'est du vécu.

Pour abréger un peu, on va considérer que tu as fait le facile : tu viens d' arriver d' Europe à Surabaya, ou à Balikpapan, et tu as retrouvé tes bagages, petit veinard. Tu as acheté ton visa à l'arrivée, et tu t'es fait seulement arnaquer de 15 Euros parce que tu n' avais que des Euros justement, et qu'ici on paye en Dollars ou en Roupies. Elle ne te l' avait pas dit Christelle? Dommage!
Passer la douane t'a fait du bien. C'est vrai qu'après 15 heures à chercher une position pour dormir dans un espace grand comme une boîte à chaussures, rester debout une heure, c'est une délivrance.

Maintenant, on commence la partie domestique de ton trip. Christelle t' a dit que le correspondant de Ristou Plongees t'attendrait avec une pancarte. Le problème, c'est que des petits gars bruns à la peau mate qui brandissent des papiers froissés format A4, il y en a une trentaine, et qu'aucun n' a ton nom sur sa liste. Et puis tu dois aussi te débattre au milieu d'une meute de petits moustachus qui te proposent un taxi, une montre Rolex ou un stylo Mont Blanc à 100 000 roupies, alors c'est difficile de se concentrer. Et la chaleur... c' est moite, ca poisse, c'est lourd.... Et tout ce bruit....

Tu commences à te dire que Christelle est peut être pas si compétente que ça, quand quelqu'un te tape sur l'épaule. C'est un petit bonhomme avec une casquette qui t'appelle par ton nom, et qui te donne des billets d'avion pour la suite du voyage. Il t'explique " Sorry Sorry" qu'il est un peu en retard parce qu'il devait aussi s'occuper des voyageurs de Pipo Diving (les autres francais qui étaient dans l'avion avec toi). Il t'explique aussi qu' il va t'accompagner jusqu'au guichet d'enregistrement, et te laisser ensuite parce qu'il a un autre groupe à récuperer.

Devant le comptoir, il y a une masse grouillante de gens, avec des monceaux de bagages, et l'hôtesse est submergée par des grappes de mains agitant des billets tout comme le tien. Tu vas prendre ta place dans ce que tu crois être la fin de la queue, et tu commences à regretter de n'avoir pas pris de porteur. En effet, tu vois bien que les porteurs, eux, ils savent se débrouiller pour ne pas se faire passer devant, pour mettre les bagages de leur client sur le tapis au bon moment, pour passer le billet juste sous le nez de l'hôtesse, qui ne peut pas faire autrement que d'enregistrer. Alors que toi, tu te fais bousculer par tout le monde, même par les vieilles femmes, tu te fais rouler sur les pieds par des valises, et ton chariot est imperceptiblement refoulé vers l'extérieur du flot. Elle ne t'avait pas dit Christelle, que la file d'attente, c'est une abstraction, une vue de l'esprit, un machin d'extraterrestre, un concept totalement inaccessible pour les Indonésiens? Elle n'est pas très fine, Christelle...

Bon, une fois que tout le monde t'est bien passé devant le nez, tes bagages sont finalement enregistrés. Il faut que tu ailles payer la taxe d'aéroport maintenant. Oui, c'est ca, il faut refaire la pas-queue. Mais tu vas mieux t'en sortir ce coup ci. D'ailleurs tu as trouvé un guichet où il n' y a personne. En plus, la jeune fille est tout sourire en te prenant le billet de 50 000 roupies, pas comme à côte, où il y a une espèce de dragon qui agrafe des papiers sur les cartes d'embarquement, entre deux coups de tampon rageurs. Las! Lorsque tu veux passer dans la zone d'embarquement, un petit monsieur à moustache dans son uniforme te montre du doigt le guichet du dragon, et te fait comprendre que tu n'as pas payé la taxe d'aéroport. Non, en fait, tu as donné 50 000 roupies pour la construction d' une mosquée ou d'un orphelinat, va savoir. Tu comprends maintenant pourquoi le sourire, pourquoi pas trop de monde? Elle t'avait pas dit Christelle qu'en Indonésie il y a des guichets "officiels" pour les oeuvres de charité locales? Elle devient lourde Christelle. Allez, à la pas-queue, comme tout le monde!

Bien. Tu peux maintenant poser tes affaires sur le tapis roulant avec ton téléphone portable, tes clés, et passer sous le portique. Ca bipe! C' est normal. Ca bipe pour tout le monde; et tout le monde s'en balance. Il y a quand même un gars a moustache en uniforme après le portique, mais il n'est là que pour toucher son salaire, pas pour te fouiller. Ah, ca change des bourrins au crâne rasé et de leurs collègues, ni belles ni sympa, de l'aéroport  Charles de Gaulle, mais ce n'est pas tellement rassurant finalement. Pourtant, tu ne vas quand même pas demander qu'on te fouille, non? Alors direction la porte d'embarquement.
Et là, tu as le deuxième effet Kiss pas Cool. Des hordes de gens, vieux, jeunes, hommes,femmes, enfants, gros, maigres, avec des sacs, des cartons, des boîtes, des bouteilles, des téléphones portables, et que sais-je encore, ont envahi tous les sièges et tous les endroits où tu aurais pu imaginer t' asseoir une minute. Si, il y a bien une place au milieu de la rangée du fond, mais il va falloir que tu fasses preuve d'un peu de culot, et que tu passes au milieu de la masse, en affectant de ne pas sentir les regards qui se posent sur toi. Allez, du courage, tu ne vas pas attendre 45 minutes debout que l'embarquement se fasse. T'es un "diver" quand même!

Une fois posé, tu prends ton livre, ou tu prends ton I Pod, et tu attends. Tu attends. Tu attends encore. 45 minutes, 50 minutes, une heure... Autour de toi, les gens aussi attendent, impassibles. Tu es bien au bon endroit, puisqu' ils ont les même cartes d'embarquement que toi, mais rien ne vient. Finalement, une annonce, parmi tant d'autres dans ce brouhaha, t'apprend que ton vol a 1h30 de retard. Mince. Bon, et bien tu as le temps d'aller faire pipi dans de splendides toilettes à la turque totalement inondées. Ne t'inquiète pas, c'est de l'eau. Ils adorent rincer les toilettes à grande eau dans ce pays. Attention quand même de ne pas te tromper de porte, parce que juste à côté, il y a les salles de prière, alors pas d'impair.

Le temps de revenir à la porte d'embarquement, tu t'es fait piquer ta place, bien sûr, et l'avion a encore pris une demi heure de retard supplémentaire. Re-mince. Je ne voudrais pas m'avancer, mais est-ce que Christelle n'a pas oublié de t'expliquer le " jam karet" (heure élastique)? La ponctualite, en Indonésie, c'est comme la file d' attente, c'est un truc qu'on ne voit que dans les films. Surtout en ce qui concerne les avions. Remarque, dans ton malheur tu as de la chance, parce que des fois, l'avion part avant l'heure prévue. Mais entre nous, elle est pas un peu limitée, Christelle?

Finalement, l'annonce tant attendue arrive. On embarque. Un vent de folie souffle soudain sur la salle d'embarquement. Tout le monde se lève, et se rue vers la porte.
Et c'est reparti pour la bousculade, le piétinement, la foire d'empoigne. Tu essayes bien de dire à la mémere qui te colle aux fesses qu'il y aura de la place pour tout le monde, mais elle te sourit, et elle te passe devant sans vergogne. Tu n'as plus qu'à te laisser aller avec le flot. Tu montes dans le bus, et ça te rappelle le métro aux heures de pointe. Tu te fais éjecter dehors à peine les portes ouvertes, et tu découvres l'avion qui va t'emmener. Surpris? Mais elle est lobotomisée Christelle ou quoi? Elle ne t'a pas dit que pas un avion qui vole en Indonésie n'a moins de 20 ans? Qu'en vol domestique, tu as encore des DC 10, des ATR, des Antonov? Que des fois tu prends des avions à cote desquels un Canadair c'est le Concorde en premiere classe? Et bien tu le sais maintenant.

A bord, tu trouves ton siège, quand il y a des numéros. Si les places ne sont pas numérotées, saute dans le premier fauteuil disponible, c'est un bon conseil. Pour ranger ton bagage à main dans le compartiment, laisse tomber. Tout est déjà bourré à craquer de cartons, de sacs en plastique, de valises qui feraient hurler n'importe quel personnel de vol Air France. Pousse ton sac à tes pieds, boucle ta ceinture, et respire à fond. Tu remarqueras aussi que tout le monde utilise son telephone portable dans l' avion, tant que l'avion n'a pas decollé. Oui, c'est interdit, mais dans la vraie vie en Indonésie, tout le monde le fait. Pas de remarque. Une pensée pour Christelle.

Le vol n'est pas très long. Juste le temps de te donner une boîte en carton qui fait office de plateau repas. Non! Ne mange pas! C'est mauvais non seulement au goût, mais probablement aussi pour ta santé. Tu peux boire le gobelet d'eau tiède, s'il est scellé. Mais pas plus. Regarde donc par le hublot. Là, ça commence a être beau. Tu peux essayer de lire les magazines dans la pochette devant toi, mais tu vas peut être tomber sur une plaquette qui propose des prières de circonstance pour toutes les religions consacrées. Je te garantis que ça fait bizarre. Regarde par le hublot, je te dis!

Pour l'aterrissage, reste zen. Ca va secouer un peu, mais ça va bien se passer finalement. Tu as les statistiques pour toi. Et garde les yeux ouverts, parce qu'à peine l' avion posé, tu vas voir tous les passagers rallumer leur portables, enlever leurs ceintures de sécurité et se mettre debout. Ca ne rate jamais. J'espère toujours qu'ils vont tous se vautrer quand l'appareil va s'arêter, mais le pilote doit être au courant, il y va très doucement.

Encore une bousculade pour sortir de l' avion, la routine, quoi, et là, pas de bus, tu vas à l'arrivée en marchant sur le tarmac, ce qui donne tout le loisir de voir l'aéroport. Ah! tu devrais voir ta tête!! Tu n'aurais jamais cru qu'on pouvait faire un aéroport dans un hangar délabré, ou sous une tente. Rassure toi, Christelle non plus. Mais maintenant tu es au bout du monde mon pote, et les standards sont différents. Tu t'en rends encore plus compte quand il s'agit de récuperer tes bagages. Il n'y a pas de tapis roulant dans la salle surchauffée ou s'entassent tous les passagers. Il y a juste une espèce d'estrade basse ou quelques porteurs débrailles balancent la cargaison de l' appareil, et qui est prise d'assaut par tes compagnons de voyage. Ne voyant pas arriver ta valise et ton sac de plongée, tu ne peux t'empêcher de commencer à t'inquiéter, mais pas de panique, ils arriveront en dernier. Ici, on fait le plus facile d'abord. On ne sait jamais, d'ici à ce qu'on arrive au difficile, une solution se sera peut être présentée...
Ne cherche pas de chariot, il n'y en a pas. Attends plutôt le gars de Ristou Dive, il ne peut pas te rater, tu es le seul touriste du coin. Pour le reconnaitre, c'est facile, ce sera le seul à t'appeler par ton nom. Tous les autres, ceux qui t'envoient des " Hello mister aouaryou?", ils vont t'embrouiller. Lui, il va t'aider à porter tes bagages, vers la voiture qui va t'emmener au port. Fais quand même attention à la maniere dont ils chargent  ton équipement. S'ils le posent sur le toit d'un minivan sans une corde pour le tenir, et qu'ils t'assurent que "no problem" avec un grand sourire, ne les crois pas. J'ai bien cru que mon sac aller finir dans le pare brise de la voiture qui suivait...

Allez, tu es presque au bout. Une heure de voiture sur une route défoncée dans un pseudo 4x4 sans clim et sans ceinture de securité, et te voilà au port. Le temps de charger ton matériel et une demi tonne de vivres sur le bateau et c'est parti. Une heure plus tard, le coeur au bord des lèvres ou la nuque totalement rotie, ça dépend du temps, et tu verras la carte postale qui t'a fait dépenser tes économies. Une plage incroyable, une eau transparente, des coraux visibles de la surface, quelques bungalows parsemés au sein des cocotiers, tu pleurerais presque. Il y a un gars sur la plage qui hurle quelque chose, mais tu ne comprends pas tout de suite. Ce n'est que quand le bateau s'est arreté à 200 mètres de la plage que tu percutes : c'est marée basse, et le bateau ne peut pas aller plus loin. Christelle! Merde! Si je te chope, je t'éclate la tête!

Alors, tu enlèves tes chaussures, tes chaussettes, ton pantalon, et c'est en slip et avec tes tendres pieds de citadins lacérés par le corail que tu arrives au paradis.  Mais tu sais quoi? A peine siroté ton cocktail de bienvenue, tu ne regrettes rien de ce que tu as traversé. Et tu n'en veux même plus à Christelle. C'est pas de sa faute, elle n'est jamais venue.
Et attends, tu n'as pas encore plongé. Va lire les autres articles du blog. Tu reviendras. Avec Christelle?
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Un monde Ailleurs 06/01/2007 01:12

Trop drôle !!!... Un style très masculin, mais bourré d'humour. J'ai parcouru l'Indonésie en septembre-octobre 2006, et quel bonheur !... Mais, même si je n'ai pas vécu exactement la même histoire, j'ai pris une dizaine de vols intérieurs en un mois, et franchement je confirme que l'Indonésie n'a rien à voir avec nos aéroports occidentaux. Et en même temps, je déteste Roissy et Orly, et je ne supporte pas Air France ! Donc finalement, j'ai aimé ! Et puis c'était beau à l'arrivée, non ?!...Je vais inscrire votre blog sur le mien, pour permettre à mes lecteurs de vous lire et de rire aussi.